Sunday, October 14, 2007

de Tam: Ma melancolie reprend

Hyerabad, la ville du bad, celle qui nous a fait reprendre la route du nord. Pourtant c’est de la que nait cette reflexion-ci. Au nord de la ville se situe un grand batiment moderne ou sont joues des spectacles Hindous. Je propose a Shoko d’essayer d’en voir un (quitte a s’en aller si on s’ennuie au bout de 2h puisque la duree moyenne est d’au moins 5h) et nous nous rendons sur place pour quelques renseignements. On nous explique alors dans l’anglais approximatif du coin que le prochain spectacle commence a 17h, ce qui ne nous arrange pas du tout. Nous voila en train de tergiverser avec le type de l’accueil qui a l’air surprise mais content de notre presence. Il nous montre des livres et des CD. C’est alors que je m’apercois que derriere une porte laterale on entend le resonnement des tambours accompagne d’une voix etouffee qui chante quelque chose comme un psaulm. Parfois une personne entre ou sort et, le temps de l’ouverture de la porte, le son se clarifie et on entrevoit une scene coloree. S’apercevant de mon interet, un homme, m’invite a y entrer. Dans la penombre se devoile une salle comble devant une scene sur laquelle une dizaine d’”acteurs” en costume traditionnel executent une sorte de rituel autour d’une statue ornee de fleurs jaunes. De temps en temps le public reagit effectuant quelques movement des mains. Shoko me rejoint et bientot un Indien insite pour nous trouver des places assises, chose genante mais impossible a refuser devant l’insistance du personage. Nous assistons donc a la fin du spectacle confortablement assises dans les sieges profonds du theatre. Bien sur, tout ce qui se produit sur la scene nous est etranger mais nous passons un joyeux moment a ecouter la musique et a observer les reactions des gens. Parfois l’envie me prend de tapper dans les mains avec eux mais je me retiens : le tempo, j’y arrive a peu pres, le contre-temps des caves de jazz et des gospels new-yorkais, c’est deja tres difficile mais alors les phrases rythmiques des Indiens c’est de l’ordre de l’impossible. Je me contente d’ecouter. A la fin, les gens se levent, les femmes devoilant ainsi leurs saris de soie des grandes occasions et les homes leurs coupes de cheveux toutes fraiches. Tout ce petit monde se met en file (oserai-je le preciser “indienne”). Shoko et moi nous appretons a gagner la sortie lorsque plusieurs personnes nous invitent a rentrer dans la queue devant elles pour partager la nourriture benie. En effet, quelques metres plus loin deux bols, l’un de riz epice, l’autre de riz sucre au safran, nous sont tendus avec un sourire. L’experience finit malheureusement avec un pseudo ingenieur informatitien qui nous tiens la jambe puis pretexte avoir perdu son portefeuille dans le bus pous nous reclamer 50 roupies soi disant pour prendre le bus (somme avec laquelle il pouvait faire au moins 3h de route en dehors de la ville). A ce detail pres nous sommes ravies d’avoir partage ce moment de culture dans un echange joyeux et gratuit.
L’espace du theatre est un espace particulier, c’est la que la culture s’englobe elle-meme, a la fois presente et representee, sa mise en abime revoit a des significations qui sont l’espace prive de ceux qui la partagent. Le theatre espace public de celebration a symbolique forte et universelle permet d’acceder un tout petit peu a l’espace prive par l’occurance d’une celebration unique vecue individuellement autant que collectivement qui fait partie du spectacle mais n’est pas le spectacle. Ces espaces qui englobent d’autres espaces, ces lieux codifies qui renvoient aux significations d’une culture, Foucault les appelle des heterotopies. Parmi celles-ci on connait egalement le cimetiere.
A Varanasi, les cremations me ramenent a cette pensee. A distance, nous observons les grands brancards drapes de tissus colores descendre vers le fleuve et les flames. Le bon vieux guide du routard donne quelques informations sur la ceremonie et tandis que je m’apprete a le sortir pour lire les quelques lignes concernant ce spectacle a Shoko, un homme nous annonce qu’il ne faut pas prendre de photos. Un peu enervees puisque c’est la sixieme fois qu’on nous le dit et qu’on n’est pas idiotes a ce point, nous repondons un peu sechement. Le monsieur qui semble touché par ce ton agressif nous explique qu’il est desole mais que ca fait partie de son travail de veiller sur le lieu, qu’il transporte du bois pour les buchers. Il ajoute qu’il prefere expliquer les fonctionnement des choses aux touristes pour que ceux-ci soient respecteux et qu’il ne demande pas d’argent puisque c’est son boulot. Il donne alors tout un tas de details tres interessants sur le systeme et je l’en remercie a la fin du speech. Il finit naturellement par ajouter qu’il achete du bois pour les pauvres et que je peux acheter un ou deux kg chaque kg coutant 150 roupies. Shoko qui depuis le debut ne cache pas son scepticisme me lance un regard reprobateur. J’hesite et si j’avais bien reflechi je me serais souvenue qu’il existe des incinerateurs electriques pour les pauvres. Mais j’ai naturellement du mal a soupconner les gens et se servir des pauvres et des morts pour grapiller quelques roupies me parait un tel crime que je donne 50 roupies au bienfaiteur Je finis de me justifier en songeant que l’histoire etait bien racontee. Le type reclame un peu plus puis s’en va devant mon refus. J’ouvre le guide qui naturellement me mettait en garde contre ce genre d’arnaques et precise le prix du bois, bien inferieur a celui annonce, a moins bien sur que notre homme pousse la charite jusqu’a offrir du bois de senal aux defavorises. Quelle idiote! Je me calme en fixant rageusement les flames devant moi, soudaienement devenues les flames de l’enfer devorant avidement mon voleur et menteur. Mais je suis egalement prise d’une tristesse plus profonde. Shoko dit qu’elle est triste pour le bonhomme qui en arrive la. Je crois que c’est autre chose. C’est le sentiment effrayant qu’avec nos gueules pales et notre curiosite insatiablem on est en train de pourrir quelque chose. En se promennant le long de l’eau notre spectacle est sans cesse interompu par des vendeurs de tous genre. Mais “spectacle”, le mot est bancal. Ce n’est pas un spectacle a moins d’en faire celui auquel, comme au theatre, le public participle. Nous voudrions observer comme si notre presence ne changeait pas le paysage. Nous modifions sa vision bien sur, nous modifions sa valeur, nous modifions son economie. En quoi cela est-il mauvais? se demandera-t-on. Il a change au cours des siecles et il changera encore. Nul besoin d’etre conservateur a l’extreme. Non, ce qui me gene c’est dans le patrimoine qu’on le retrouve. Sa force est d’echapper a l’economie du present. Le present doit servir a resignifier l’heritage du passé et a le transpettre vers l’avenir. Lorsque l’economie du present (le type qui veut arnaquer les touristes) prend le pas sur la puissance patrimoniale d’une tradition (le respect de la mort), c’est le moment ou ce role de passage s’affaiblit. Que cet homme m’arnaque, c’est vexant, qu’il trahisse les siens, c'’est effrayant.

4 comments:

duncid said...

au coeur de l'un des plus grand problème scientifique et humain; l'observateur modifie inévitablement d'une manière ou d'une autre le sujet, rendant par la même occasion toute observation bancale.
L'Inde en est un exemple assez perturbant...

Tam said...

Bien vu... Plus lucide que moi en tout cas mais il est difficile de demande a un poisson de parler de l'eau. Il y a une fin a ce texte (voir mon post suivant), j'espere qu'elle te plaira un peu plus mais elle reste ethnocentriste! En tout cas elle est toujours plus optimiste preuve qu'on se plait tout de meme bien ici!

Ambroise said...

Mais c'est peut-être justement parce que la mort fait partie de la vie que l'on peut se permettre d'arnaquer les gens sur le dos des morts.

nat said...

moi je me range à cette dernière remarque de bouz.
dis moi tam, c'est qui ton "bonhomme" (dans le post suivant)?