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Monday, October 15, 2007
de Tam: ma melacolie reprend (fin)
Il y a dans Voyage au Bout de la Nuit une scene ou la vieille grand mere aveugle fait visiter une crypte aux touristes ou ils peuvent voir des corps parfaitement conserves. La grand mere pousse son spectacle jusqu'a tapper sur les corps pour en demontrer la solidite. Dans le roman, la scene est assez drole et on se sent naturellement du cote de la vieille que tout le monde a voulu assassiner par dessus le marche (si mes souvenirs sont exacts, je n'ai evidemment pas le roman avec moi). C'est un bel exemple du talent poetique de Celine : mettre en scene une ancetre qu'on arrive pas a tuer qui tappe sur des cadavres en defiant la mort. Voila qui est bien legitime. Jusqu'au 19e siecle, au moment ou l'on a rejette les cimetieres en dehors des villes et qu'on a tout sterilise, on savait bien que la mort faisait partie de la vie. Shoko et moi, nous le savions aussi hier soir en suivant un cortege funebre pour retrouver notre chemin puisqu'il se rendait forcement a la cremation tout a cote de notre guest house. La vie quoi, avec ses singes et ses chiens errants, avec ses vendeurs et ses rickshows, avec ses touristes perdus, avec tout ce qui bouge et tout ce qui git, avec tous ceux qui passent leur tour, tot ou tard. Et en parlant de tour, mon bonhomme m'en aura joue un drole. Peut etre l'aura t il aussi joue a la mort avec sa barbe enfumee et ses draperies d'or qui sait. Longue vie a lui, ce vieux singe!
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Sunday, October 14, 2007
de Tam: Ma melancolie reprend
Hyerabad, la ville du bad, celle qui nous a fait reprendre la route du nord. Pourtant cest de la que nait cette reflexion-ci. Au nord de la ville se situe un grand batiment moderne ou sont joues des spectacles Hindous. Je propose a Shoko dessayer den voir un (quitte a sen aller si on sennuie au bout de 2h puisque la duree moyenne est dau moins 5h) et nous nous rendons sur place pour quelques renseignements. On nous explique alors dans langlais approximatif du coin que le prochain spectacle commence a 17h, ce qui ne nous arrange pas du tout. Nous voila en train de tergiverser avec le type de laccueil qui a lair surprise mais content de notre presence. Il nous montre des livres et des CD. Cest alors que je mapercois que derriere une porte laterale on entend le resonnement des tambours accompagne dune voix etouffee qui chante quelque chose comme un psaulm. Parfois une personne entre ou sort et, le temps de louverture de la porte , le son se clarifie et on entrevoit une scene coloree. Sapercevant de mon interet, un homme, minvite a y entrer. Dans la penombre se devoile une salle comble devant une scene sur laquelle une dizaine dacteurs en costume traditionnel executent une sorte de rituel autour dune statue ornee de fleurs jaunes. De temps en temps le public reagit effectuant quelques movement des mains. Shoko me rejoint et bientot un Indien insite pour nous trouver des places assises, chose genante mais impossible a refuser devant linsistance du personage. Nous assistons donc a la fin du spectacle confortablement assises dans les sieges profonds du theatre. Bien sur, tout ce qui se produit sur la scene nous est etranger mais nous passons un joyeux moment a ecouter la musique et a observer les reactions des gens. Parfois lenvie me prend de tapper dans les mains avec eux mais je me retiens : le tempo, jy arrive a peu pres, le contre-temps des caves de jazz et des gospels new-yorkais, cest deja tres difficile mais alors les phrases rythmiques des Indiens cest de lordre de limpossible. Je me contente decouter. A la fin, les gens se levent, les femmes devoilant ainsi leurs saris de soie des grandes occasions et les homes leurs coupes de cheveux toutes fraiches. Tout ce petit monde se met en file (oserai-je le preciser indienne). Shoko et moi nous appretons a gagner la sortie lorsque plusieurs personnes nous invitent a rentrer dans la queue devant elles pour partager la nourriture benie. En effet, quelques metres plus loin deux bols, lun de riz epice, lautre de riz sucre au safran, nous sont tendus avec un sourire. Lexperience finit malheureusement avec un pseudo ingenieur informatitien qui nous tiens la jambe puis pretexte avoir perdu son portefeuille dans le bus pous nous reclamer 50 roupies soi disant pour prendre le bus (somme avec laquelle il pouvait faire au moins 3h de route en dehors de la ville). A ce detail pres nous sommes ravies davoir partage ce moment de culture dans un echange joyeux et gratuit.
Lespace du theatre est un espace particulier, cest la que la culture senglobe elle-meme, a la fois presente et representee, sa mise en abime revoit a des significations qui sont lespace prive de ceux qui la partagent. Le theatre espace public de celebration a symbolique forte et universelle permet dacceder un tout petit peu a lespace prive par loccurance dune celebration unique vecue individuellement autant que collectivement qui fait partie du spectacle mais nest pas le spectacle. Ces espaces qui englobent dautres espaces, ces lieux codifies qui renvoient aux significations dune culture, Foucault les appelle des heterotopies. Parmi celles-ci on connait egalement le cimetiere.
A Varanasi , les cremations me ramenent a cette pensee. A distance, nous observons les grands brancards drapes de tissus colores descendre vers le fleuve et les flames. Le bon vieux guide du routard donne quelques informations sur la ceremonie et tandis que je mapprete a le sortir pour lire les quelques lignes concernant ce spectacle a Shoko, un homme nous annonce quil ne faut pas prendre de photos. Un peu enervees puisque cest la sixieme fois quon nous le dit et quon nest pas idiotes a ce point, nous repondons un peu sechement. Le monsieur qui semble touché par ce ton agressif nous explique quil est desole mais que ca fait partie de son travail de veiller sur le lieu, quil transporte du bois pour les buchers. Il ajoute quil prefere expliquer les fonctionnement des choses aux touristes pour que ceux-ci soient respecteux et quil ne demande pas dargent puisque cest son boulot. Il donne alors tout un tas de details tres interessants sur le systeme et je len remercie a la fin du speech. Il finit naturellement par ajouter quil achete du bois pour les pauvres et que je peux acheter un ou deux kg chaque kg coutant 150 roupies. Shoko qui depuis le debut ne cache pas son scepticisme me lance un regard reprobateur. Jhesite et si javais bien reflechi je me serais souvenue quil existe des incinerateurs electriques pour les pauvres. Mais jai naturellement du mal a soupconner les gens et se servir des pauvres et des morts pour grapiller quelques roupies me parait un tel crime que je donne 50 roupies au bienfaiteur Je finis de me justifier en songeant que lhistoire etait bien racontee. Le type reclame un peu plus puis sen va devant mon refus. Jouvre le guide qui naturellement me mettait en garde contre ce genre darnaques et precise le prix du bois, bien inferieur a celui annonce, a moins bien sur que notre homme pousse la charite jusqua offrir du bois de senal aux defavorises. Quelle idiote! Je me calme en fixant rageusement les flames devant moi, soudaienement devenues les flames de lenfer devorant avidement mon voleur et menteur. Mais je suis egalement prise dune tristesse plus profonde. Shoko dit quelle est triste pour le bonhomme qui en arrive la. Je crois que cest autre chose. Cest le sentiment effrayant quavec nos gueules pales et notre curiosite insatiablem on est en train de pourrir quelque chose. En se promennant le long de leau notre spectacle est sans cesse interompu par des vendeurs de tous genre. Mais spectacle, le mot est bancal. Ce nest pas un spectacle a moins den faire celui auquel, comme au theatre, le public participle. Nous voudrions observer comme si notre presence ne changeait pas le paysage. Nous modifions sa vision bien sur, nous modifions sa valeur, nous modifions son economie. En quoi cela est-il mauvais? se demandera-t-on. Il a change au cours des siecles et il changera encore. Nul besoin detre conservateur a lextreme. Non, ce qui me gene cest dans le patrimoine quon le retrouve. Sa force est dechapper a leconomie du present. Le present doit servir a resignifier lheritage du passé et a le transpettre vers lavenir. Lorsque leconomie du present (le type qui veut arnaquer les touristes) prend le pas sur la puissance patrimoniale dune tradition (le respect de la mort), cest le moment ou ce role de passage saffaiblit. Que cet homme marnaque, cest vexant, quil trahisse les siens, c'est effrayant.
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Monday, October 08, 2007
Tamara says
:) pour No : Qu'on ne m'accuse pas de me contredire (je reconnais volontiers ce travers mais il ne s'applique pas presentement), ceci est un texte fini integre dans un blog.
A Bombay, il a une arche qui s'appelle Gateway of India, la porte de l'Inde, inauguree en 1924 pour l'arrivee du roi d'Angleterre, une date qui correspond au debut de la marche pacifique de Ghandi. Un edifice de pierres finement tailles, une dentelle de basalte que le soleil vient reproduire en ombre sur le sol. De la partent les bateaux decores des touristes qui veulent visiter l'Ile Elephanta. C'est le commencement. Il y a aussi, quelques kilometres plus loin, un front de mer derriere le quartier des blanchisseurs ou les enfants jouent avec des chiens errants parmi les detritus. La ville a repousse les maisons delabres jusqu'a cet endroit tout pres de l'eau dont l'odeur pourrait laisser croire qu'une vingtaine de cadavres y ont ete abandonnes a la putrefaction. Mais ce n'est pas de la mort qu'emane cette senteur de fin du monde. C'est de la vie : de ces gros tuyaux d'egouts qui viennent vider tous ce que rejettent des milliers d'habitants chaque jour, et de cet amoncellement de dechets qui fait planner les rapaces. La fin.
Voila donc un joli cliche, que l'inde c'est le contraste, c'est le debut, c'est la fin, c'est l'odeur des fleurs et du safran, c'est celle de l'urine et de la crotte. Sans doute cette vision provient-elle d'une attente, d'une lecture preconsue. Pourtant je m'y sens bien. Je m'endors heureuse malgre ma peau toujours moite, l'odeur camphree du beaume du tigre vennant bercer mes songes. Des songes etranges a la verite. Depuis quelques jours je reve de la cour de recration du lycee, comme si c'etait le seul le lieu que mon inconscient parvenait a assimiler au joyeux bazar toujours un peu chaotique, toujours un peu organise, que l'on retrouve dans la rue, a la gare, et dans le pantheon des temples. Hier nous avons visite les grottes d'Ellora avec d'innombrables sculptures. Les dieux, nous assurait Lonely Planet, pouvaient meme y sortir des phallus. Une religion qui semble davantage prendre en compte l'homme dans sa totalite. On rencontre d'ailleurs quelques touristes zen comme ce rasta quarantenare hollandais qui m'a donne des conseils pour acheter des cartes postales a un marchand autiste, car, parait-il, elles sont difficiles a trouver en dehors des sites touristiques. Le soir, au restaurant, nous nous sommes joyeusement rendues compte qu'elles etaient pornographiques. Un objet de plus dans ma collection de curiosites, a moins que quelqu'un n'en veuille une... Laissez vos adresses dans les commentaires. Un emballage discret pourra etre garanti si vous le souhaitez! Faites confiance a l'UNESCO ai-je repete toute la journee a Shoko. Voila le resultat!
A Bombay, il a une arche qui s'appelle Gateway of India, la porte de l'Inde, inauguree en 1924 pour l'arrivee du roi d'Angleterre, une date qui correspond au debut de la marche pacifique de Ghandi. Un edifice de pierres finement tailles, une dentelle de basalte que le soleil vient reproduire en ombre sur le sol. De la partent les bateaux decores des touristes qui veulent visiter l'Ile Elephanta. C'est le commencement. Il y a aussi, quelques kilometres plus loin, un front de mer derriere le quartier des blanchisseurs ou les enfants jouent avec des chiens errants parmi les detritus. La ville a repousse les maisons delabres jusqu'a cet endroit tout pres de l'eau dont l'odeur pourrait laisser croire qu'une vingtaine de cadavres y ont ete abandonnes a la putrefaction. Mais ce n'est pas de la mort qu'emane cette senteur de fin du monde. C'est de la vie : de ces gros tuyaux d'egouts qui viennent vider tous ce que rejettent des milliers d'habitants chaque jour, et de cet amoncellement de dechets qui fait planner les rapaces. La fin.
Voila donc un joli cliche, que l'inde c'est le contraste, c'est le debut, c'est la fin, c'est l'odeur des fleurs et du safran, c'est celle de l'urine et de la crotte. Sans doute cette vision provient-elle d'une attente, d'une lecture preconsue. Pourtant je m'y sens bien. Je m'endors heureuse malgre ma peau toujours moite, l'odeur camphree du beaume du tigre vennant bercer mes songes. Des songes etranges a la verite. Depuis quelques jours je reve de la cour de recration du lycee, comme si c'etait le seul le lieu que mon inconscient parvenait a assimiler au joyeux bazar toujours un peu chaotique, toujours un peu organise, que l'on retrouve dans la rue, a la gare, et dans le pantheon des temples. Hier nous avons visite les grottes d'Ellora avec d'innombrables sculptures. Les dieux, nous assurait Lonely Planet, pouvaient meme y sortir des phallus. Une religion qui semble davantage prendre en compte l'homme dans sa totalite. On rencontre d'ailleurs quelques touristes zen comme ce rasta quarantenare hollandais qui m'a donne des conseils pour acheter des cartes postales a un marchand autiste, car, parait-il, elles sont difficiles a trouver en dehors des sites touristiques. Le soir, au restaurant, nous nous sommes joyeusement rendues compte qu'elles etaient pornographiques. Un objet de plus dans ma collection de curiosites, a moins que quelqu'un n'en veuille une... Laissez vos adresses dans les commentaires. Un emballage discret pourra etre garanti si vous le souhaitez! Faites confiance a l'UNESCO ai-je repete toute la journee a Shoko. Voila le resultat!
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